L’enveloppe glissa de mes mains.
— Ce… ce n’est pas possible…
L’une des infirmières accourut, inquiète.
— Tout va bien ?
Je n’arrivais pas à parler.
Je fixais simplement la feuille.
En haut, il y avait l’écriture de Carol.
« Maman, s’il te plaît, ne m’en veux pas de t’avoir caché cela. »
LE GARÇON SE PENCHA, RAMASSA LA LETTRE, PUIS ME LA RENDIT EN SILENCE.
— Carol nous avait demandé de ne vous la remettre qu’aujourd’hui.
Les mains tremblantes, je poursuivis ma lecture.
« Je sais que tu passes toutes tes journées à mes côtés. Je sais que tu ne dors pas parce que tu veilles toujours sur moi. C’est pour cela que je ne t’en ai pas parlé. »
Les larmes coulaient sur mes joues.
À côté de la lettre se trouvait un épais dossier.
Rempli de noms.
De dates.
ET DE NOTES ÉCRITES À LA MAIN.
Je regardai le garçon, déconcertée.
— Qu’est-ce que c’est ?
Il avala difficilement sa salive.
— C’est Carol qui l’a préparé.
— Préparé quoi ?
— Une liste.
— Des enfants qui sont seuls dans le service de pédiatrie.
Je restai figée.
— Je ne comprends pas…
— Quand elle allait un peu mieux, elle allait toujours les voir.
Elle dessinait avec eux.
Leur lisait des histoires.
Les aidait à faire leurs devoirs.
Elle disait que, puisqu’elle devait de toute façon rester à l’hôpital, autant que personne ne s’y sente seul.
J’étais incapable de prononcer un mot.
— NOUS PENSIONS QUE VOUS LE SAVIEZ…
Je secouai la tête.
— Non.
— Elle ne m’en a jamais parlé.
Le garçon esquissa un léger sourire.
— Parce qu’elle ne voulait pas que vous soyez fière d’elle.
Elle disait que, sinon, ce ne serait plus un geste désintéressé.
À la page suivante du dossier se trouvaient des photographies.
CAROL JOUAIT À UN JEU DE SOCIÉTÉ AVEC UN PETIT GARÇON CHAUVE.
Sur une autre, elle lisait un conte à une petite fille.
Sur une autre encore, elle gonflait des ballons.
Ailleurs, elle tenait un gâteau d’anniversaire.
Je ne pouvais plus retenir mes larmes.
— Pourquoi me donnez-vous tout cela maintenant ?
Le garçon prit une profonde inspiration.
— Parce que lorsqu’elle a appris qu’elle ne pourrait probablement pas assister à son bal de fin d’études, elle a dit qu’il n’y avait qu’une seule chose qu’elle regrettait vraiment.
— Quoi donc ?
— Que les enfants avec qui elle s’était liée d’amitié ne pourraient jamais vivre une soirée comme la nôtre.
Je regardai autour de moi.
C’est alors que je remarquai que, dans le couloir, il n’y avait pas seulement ses camarades de classe.
Quelques enfants du service étaient là eux aussi.
En petit costume.
En robe colorée.
La tête chauve.
Le sourire aux lèvres.
Le garçon poursuivit doucement :
— Nous n’avons pas organisé ce bal uniquement pour Carol.
— Mais aussi pour eux.
— Parce que c’est ce qu’elle nous avait demandé.
À cet instant, la porte de la chambre s’ouvrit.
On entendit la musique.
Carol riait.
Sincèrement.
Comme elle ne l’avait plus fait depuis des mois.
Le garçon me regarda.
— Vous savez ce qu’elle a dit aussi ?
Je secouai la tête.
— Elle a dit que, si un jour elle guérissait, elle voudrait devenir bénévole dans un hôpital pour enfants.
— Et si jamais ce n’était pas le cas…
Sa voix se brisa.
— ALORS ELLE AIMERAIT QUE NOUS PRENIONS LE RELAIS À SA PLACE.
Je n’en pouvais plus.
Je le pris dans mes bras.
— Merci.
— Pas seulement pour cette soirée.
— Mais aussi de m’avoir montré quelle personne ma fille est devenue.
Ce soir-là, je ne me suis pas souvenue des décorations.
Ni de la musique.
NI DES TENUES DU BAL.
Je me suis souvenue que, au cœur de la plus terrible des maladies, ma fille ne pensait pas à elle-même.
Elle pensait aux enfants qui avaient aussi peur qu’elle.
Et c’est à ce moment-là que j’ai compris que le plus bel héritage ne se laisse pas en argent ni en cadeaux.
Il se laisse dans la capacité d’une seule personne à offrir de l’espoir aux autres, même au moment où c’est elle qui en aurait le plus besoin.